L’arbre Dhâk "...Très bien, fit Mowgli. Aussi longtemps qu'il [Shere Khan] sera loin, viens t'asseoir sur un rocher, toi ou l'un de tes frères, de façon que je puisse vous voir en sortant du village. Quand il reviendra, attends-moi dans le ravin proche de l'arbre Dhâk, au milieu de la plaine.”   Le Livre de la Jungle, "Au tigre, au tigre !”, Rudyard Kipling    Dans le Livre de la jungle, Mowgli a été rejeté par le clan des loups, et il s'enfuit vers le village des hommes. Frère Gris vient retrouver fidèlement Mowgli, au pied de l'arbre Dhâk. Bien que les nouvelles du clan ne soient guère bonnes, ce lieu de rendez-vous est le symbole d’une entente et de paix entre les loups (du moins certains) et Mowgli devenu grand.  Au-delà de l'histoire du livre de la jungle, il est bon pour toute la meute de pouvoir se retrouver, s'écouter, dialoguer, se réconcilier, à un endroit convenu qui permet à chacun d’expérimenter le “vivre ensemble” !    Qu’est-ce que l’arbre Dhâk ?  Le clan de Seeonee est un peuple libre, car il a sa propre loi !  “Vivre ensemble”, “vivre en famille heureuse” : c'est l'objectif premier d'une meute qui veut connaitre des moments épanouis et paisibles ! L’arbre Dhâk est donc un outil qui nous permettra, en famille, d’instaurer symboliquement les règles de vie qui nous unissent, pour qu'elles puissent être la référence et au centre de la vie de la meute.  Élaborer des règles de vie ensemble (avec les petits et les Vieux Loups) est indispensable, car elles nous unissent et nous engagent tous. Prendre le temps, en Rocher du Conseil, de rédiger des règles de vie courtes, claires et pertinentes pour tous est un point de départ nécessaire. Elles seront ensuite inscrites sur un support décoré “dans la jungle”.  L’acceptation et l'adhésion de tous est le deuxième point indispensable. Ainsi, il faut que toute la meute puisse apporter une marque, symbole de l’adhésion de chacun.  Afin de donner un support et une structure, l’arbre Dhâk est un arbre facile à identifier, c’est un lieu choisi, un lieu de rendez-vous où les règles seront accrochées.   Il devra être un espace de médiation pour donner à l’enfant les clés, les moyens, le soutien et l’accompagnement nécessaires afin de résoudre un problème affectant le vivre ensemble de la famille heureuse.  Ce n’est pas un lieu de punition, mais de réconciliation. C’est un outil de transfert d’autorité. En effet, l'autorité d'Akéla, des Vieux Loups, de toute la meute est légitimée à cet endroit.   Comme tout outil pédagogique, les Vieux Loups doivent apprendre à s’en servir et les louveteaux à l’utiliser et lui faire confiance.    Pourquoi un arbre Dhâk ?  Dans le Livre de la Jungle, quand Shere-Kahn et Tabaqui sont morts, Mowgli quitte le village des hommes, il retourne à la jungle. Mère-Louve valide sa réussite, il n’a plus peur de l’ancienne meute, il a ses mots pour dire la règle de vie. Il est moteur au sein de la meute.  L'arbre Dhâk est un outil puissant qui permet à la meute de vivre vraiment en famille heureuse.   Lorsqu’un petit loup (ou un Vieux Loup) ne se comporte pas en respectant les règles de vie ou la loi de la meute en général, il devient nécessaire de rétablir une certaine justice et d’obtenir une réconciliation. C’est le lieu idéal pour cela : au pied de l'arbre Dhâk, pas de tribunal, mais un dialogue. Si deux louveteaux ont un différend, ils pourront, avec l'aide d'un Vieux Loup si nécessaire, se remémorer les règles de vie acceptées ensemble et discuter de celle qui a été enfreinte. Les petits loups pourront démarrer une démarche de compréhension, de réconciliation et même de pardon.  L’arbre Dhâk est le lieu où l’on aide le petit loup à trouver les mots pour identifier et exprimer chagrin, problèmes et erreurs. Par son attitude respectueuse et ferme, le Vieux Loup apporte à celui qui reconnaît en avoir besoin son aide pour construire une solution, combattre ce qui blesse et retrouver le chemin de sa meute.    Une question d’autorité…  Nous avons un objectif ambitieux : “Vivre ensemble en famille heureuse” !  Dans la meute, nous ne vivons pas sous l’autorité d’une personne, mais sous notre loi, car l’autorité ne se réclame pas, elle ne s’arrache pas. Elle se construit dans le temps. L'autorité naît de la loyauté que choisissent librement de t’accorder ceux qui te font confiance !  Pour ce faire, la meute se retrouve autour de l’arbre Dhâk pour édicter ensemble la loi qu’elle devra suivre.  Les Vieux Loups sont les garants de ces règles de vie. Ils s’engagent devant tous à les respecter concrètement. Chaque louveteau est invité à faire de même.   Chacun participe à ce contrat de vivre ensemble en acceptant une règle commune qu'il comprend, interroge, verbalise avec ses mots et en l’améliorant au besoin.  Les règles de vie peuvent être rappelées si nécessaire : lorsque le petit loup va refuser ou désobéir à une règle, mais aussi en cas de conflit pour s’appuyer dessus et ainsi résoudre le problème.  Cet engagement auprès de l’arbre Dhâk confère l’autorité du groupe à ces règles, symbolisées dans ce lieu. L’autorité n’est plus dans les mains d’une (ou quelques) personne(s). Elle n’est plus dépendante de la volonté ou du charisme des Vieux Loups.  Ainsi, on ne conteste plus une personne ou sa vision des choses. On vient débattre de ce que l’on comprend et de ce que l’on vit, on n’attaque plus la parole d’une personne. Il n’y a plus le “Vieux Loup chargé de la discipline et des punitions”, mais chacun est invité à s’auto-discipliner, car il s’y est engagé !  Pour Akéla, les Vieux Loups et la meute dans son ensemble, déplacer l’autorité sur l'arbre Dhâk, est un véritable repos pour tous.    Comment créer l’Arbre Dhâk ?  Certains villages d’Afrique avaient la coutume de matérialiser un arbre au pied duquel les visiteurs déposaient leurs armes afin d’entrer dans le village en paix ! L’arbre Dhâk est un lieu où on dépose les armes !  Comme décrit plus haut, la création de l'arbre Dhâk débute par des règles de vie élaborées et acceptées en meute. Le point de départ est donc notre “Rocher du conseil”, où petits et Vieux Loups pourront débattre des règles qui s'appliqueront dans la vie de la meute (pour l'année en cours ou pour le camp).  Il semble logique que pour une meute, ses règles de vie se répètent d'année en année. Si se les rappeler est une bonne chose, il est aussi utile de les interroger et de voir si elles sont toujours actuelles, si leur formulation est toujours aussi adéquate à la situation présente de la meute, ou du camp. N'hésitez pas à parler le langage jungle ! (Voir les exemples de formulation en annexe).  On peut y afficher si besoin, les 7 articles de notre “loi de la Jungle”, nos “Sagesses de Jungle”, ou tout ce qui a vraiment du sens pour les loups de notre meute.  À remarquer : la “Loi de la Jungle” est tournée vers le louveteau et son développement individuel ; l'arbre Dhâk est tourné vers la vie de la meute et le vivre ensemble. Donc afficher notre loi n’est pas indispensable. L’outil pédagogique qui engage le louveteau à respecter la loi, c’est la promesse.  Une fois les règles de vie formulées, on aura intérêt - pour que chacun puisse s'y référer - à leur faire rendre corps en les matérialisant physiquement, par exemple en les écrivant sur des feuilles de papier cartonnées. La forme artistique est, bien sûr, laissée à la liberté de chaque meute et à la créativité de chacun. Une façon simple est de les écrire sur un papier en forme de feuilles d'arbre. Si l'arbre Dhâk est destiné au camp d'été, les “feuilles” devront être plastifiées (ou autre moyen de résister aux intempéries) !  Les règles de vie étant ainsi adoptées par tous, il est important que chacun puisse manifester son accord. Une solution est d’imprimer et plastifier des têtes de loup de la couleur des sizaines, afin que chaque petit loup puisse signer, matérialisant ainsi le fait qu'il est d'accord avec ses règles de vie.   Pour les Vieux Loups, on peut fabriquer une silhouette qui représente son animal et qui sera, bien sûr, signée par le vieux loup lui-même.   Toute autre idée créative est bienvenue, le tout est de marquer l'adhésion de chacun à nos règles de vie.  Enfin, cette représentation graphique pourra être accrochée dans un arbre grâce à des éléments végétaux ou de la ficelle et le décorer avec tout élément qui peut embellir ce lieu particulier.  Il faut choisir un arbre facile à identifier, afin qu’il devienne un lieu de rendez-vous. Il se situe dans un lieu à l’abri des oreilles, mais à la vue de tous.  Pour les activités de l'année, cet arbre peut être aussi matérialisé dans les mêmes objectifs en tenant compte des contraintes des lieux des sorties…”    Exemples de matérialisation de l’arbre Dhak    Exemple de règles de vie (qui peuvent être notées dans le Sentiers de Jungle en plus d’être matérialisées concrètement pour la meute) :        Comment utiliser l’Arbre Dhâk comme un outil de “vivre ensemble” ?  À ton avis, dit-on :  “Tu as besoin de venir à l’arbre Dhâk !” ou “J’ai besoin de te parler ?”  “Tu n’as pas respecté une règle de vie !" ou “Cherche quelle règle correspond à la situation que nous venons de vivre ?”  “Qu’est-ce que tu as mal fait ?” ou “Réfléchis à tes mots / à tes gestes ?”  “Comment veux-tu vivre avec les autres ?" ou “Est-ce que les autres peuvent accepter de vivre avec toi ?”  “Va à l’arbre Dhâk et tu reviendras quand tu seras calmé” ou “Je t’invite à aller relire nos règles de vie à l’arbre Dhâk et y réfléchir, puis je te rejoins pour en discuter”.    L’arbre Dhâk nécessite aussi l’art et la manière afin d’aboutir à ce “vivre ensemble” !  En effet, en tant que Vieux Loups, nous avons tous à faire vivre les règles de vie. Aussi, en cas de conflit, si tu sens que la situation (le différend, la dispute ou l’incompréhension) le nécessite, conduire les louveteaux à l'arbre Dhâk demande un peu de doigté.  Le but est d'amener nos petits loups à se questionner par rapport à nos règles de vie et de faire ressortir quelle est celle qui a été enfreinte.  Visez toujours, dans cet espace de dialogue, à ce que les choses soient exprimées avec bienveillance, vérité et sincérité. N'hésitez pas à faire reformuler les expressions qui pourraient être brutales ou ordurières de certains, avec une démarche de “communication non-violente”. C’est-à-dire ce que l'enfant a ressenti, ce qu'il a vécu, sans jugement, sans accusation. Bien sûr, l’autre doit faire de même, c'est la première clé pour qu'il y ait compréhension mutuelle et amorcer une démarche de résolution de conflit.  Une astuce qui permet aux louveteaux de se rendre compte de ce qui a été commis ou dit, est de poser la question :  “Et si je te faisais pareil ?” ou “Et si Akéla faisait pareil ?”  Cela met souvent en lumière dans l'esprit du loup, que son attitude n'était pas la bonne.  S'il le comprend, s’il l’accepte, la première étape est franchie !  En tant que Vieux Loup, nous aspirons à conduire nos louveteaux à progresser dans leur maturité d’expression, d’écoute et de compréhension de l’autre (La mort de Shere-Khan symbolise la mort de l’égoïsme). Il est bon de pouvoir les conduire, dans cet espace de dialogue, aux étapes suivantes, qui sont souvent (mais pas toujours) celles de la demande de pardon :    - “Je regrette, je suis désolé(e)” : reconnaissance émotionnelle des conséquences pour l’autre.  - “J’ai eu tort…” : conduire l'enfant dans la reconnaissance du tort causé est le point de départ.  - ”Je te demande pardon” : cette démarche de demande de pardon est sûrement la plus dure à verbaliser, elle est pourtant essentielle pour que l'enfant puisse faire la paix avec la personne blessée !  - “Comment est-ce que je peux réparer ?” : demander à l'autre ce qui peut être réparé est la suite logique de la demande de pardon. Par là, on propose une action concrète (une occasion de se racheter) à accomplir pour un nouveau départ !  - “Es-tu d’accord de me donner une nouvelle chance ?” : dernière étape qui va sceller la reprise d'un dialogue, la reprise d'une vie de meute normale !  Pour toute la meute, ce qui a été apporté à l’arbre Dhâk, reste à l’arbre Dhâk ! L’affaire est terminée, plus question de la ressortir. Les autres louveteaux n’ont pas à demander un récit de ce qui s’y est dit.  Si cela est possible et pertinent, on peut prier. Enfin, on repart de l’arbre Dhâk en se saluant comme des scouts. Et c’est un nouveau départ !  C’est bien là l’objectif de l’arbre Dhâk : un lieu pour reconnaitre son tort, se réconcilier, rentrer dans une démarche de pardon, et repartir vers la meute (le cœur léger) !      Comment venir auprès de l'Arbre Dhâk ?  Comme déjà décrit ci-dessus, le but de l’arbre Dhâk est de conduire deux (ou plusieurs) personnes à entrer dans une véritable démarche de réconciliation, de pardon et de retour vers le groupe.  Le scénario le plus courant est qu'un vieux loup prenne le rôle de médiateur, afin de régler un différend entre deux louveteaux.  Ce n'est pas nécessairement à Akéla de provoquer ou de conduire cette démarche, mais plutôt au Vieux Loup qui est témoin du problème, ou à qui un enfant est venu se confier.  En cas de dispute ou d'infraction à une règle concernant tout un petit groupe, ce sont tous ces louveteaux qui viendront se réconcilier. Dans ce cas, il peut être utile qu'un Vieux Loup expérimenté conduise les discussions, surtout si le Vieux Loup témoin de l'affaire, lui, ne se sent pas de mener un tel échange.  Il n'est pas non plus exclu que ce soit deux Vieux Loups qui puissent aller dans ce lieu privilégié pour retrouver le pardon et la paix l’un envers l'autre. Les règles sont les mêmes pour tous !  Enfin, si cet outil a été bien utilisé et bien compris, ne soyez pas étonnés que des enfants aillent d'eux-mêmes parler et se réconcilier à l’arbre Dhâk. Si tel est le cas, c'est que vous avez très bien intégré et mis en place cet outil au sein de votre meute ! Soyez attentifs et disponibles, même si vous n’aurez rien à ajouter à ce qui se dit.  Comme déjà mentionné, l'arbre Dhâk n'est pas un tribunal froid, encore moins un lieu de punition !      Conclusion  Vivre en famille heureuse est un vrai défi ! L’arbre Dhâk est un moyen pédagogique qui nous permet de pouvoir faire vivre la discipline d'une manière différente, comprise, bienveillante. N’hésitons pas à le faire vivre, à affiner sa pratique, en maitrise pour commencer, puis avec nos meutes !    “La Loi de la Jungle n'ordonne rien sans raison”  Le Livre de la Jungle, "Les frères de Mowgli”, Rudyard Kipling      Annexes  Exemple d’arbre Dhâk            Exemple de représentation pour les sizaines         Exemple de règles de vie avec une formulation “dans la jungle” :    Le loup ne mord pas ses frères.  Cela donne la règle de vie qui couvre les disputes, les actes de violences entre les enfants, que ce soient des agressions physiques ou verbales !    Le loup a le courage de parler poliment.  Règle de base, mais tellement utile, pour éviter le langage ordurier ou violent.    Le loup fait de son mieux pour que tous vivent une belle aventure avec lui.  Encourage les loups à se montrer polis, agréable, bon joueur, serviable…     Le loup joue, vit et chasse avec ses frères et pas sans eux.  Encourage à développer un esprit d’équipe et non individualiste et égoïste !    Le loup accepte qu’il y ait des pelages différents dans la meute.   Que ce soit pour un camp où plusieurs meutes se rencontrent (et ne possèdent pas les mêmes habitudes), que ce soit aussi pour des raisons de différences entre eux (raciales, sociales…), l’enfant est toujours appelé à accepter l’autre dans la tolérance et la bienveillance !    Le loup est attentif aux conseils et aux demandes des VL.  Un parallèle à notre loi, mais combien important surtout lors d’un camp !    Le loup respecte le sommeil de la meute.  Tant au coucher qu’au lever, les règles de vies de ces temps sont à fixer de façon claire afin que le repos de tous soit respecté.    Le loup sait que le gibier est dur à chasser.   Lors de tous les repas de la meute, on ne peut gaspiller la nourriture !  Les règles pour le service au repas doivent être posées clairement que ce soit pour la façon de se servir, la gestion des inévitables “Je n’aime pas ça !”, tout en tenant compte des réelles intolérances et allergies.    Le loup connaît les limites du territoire où il est en sécurité.   Fixer les limites du camp, du terrain de jeu et nécessaire pour garantir la sécurité dans les chasses et les lieux de vie et indispensable.    Le loup prend soin de ce qui appartient à la meute.  Que ce soit pour le matériel collectif (tentes, douches, etc.), ou le matériel individuel des autres, les loups sont appelés à le respecter, le ranger, voire le réparer.